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Théâtre palestinien. Histoire intime et mémoire collective

Publié le vendredi 20 novembre 2020, Thèmes : - Culture

par Pauline Donizeau

- François Abou Salem, Bashar Murkus et Amer Hlehel (photo) sont trois auteurs majeurs de la littérature théâtrale contemporaine palestinienne. Leurs œuvres, comme celles de la grande majorité des textes dramatiques en arabe, sont pourtant quasiment inconnues en France. Najla Nakhlé-Cerruti, docteure et chercheuse spécialiste du théâtre palestinien nous permet, grâce à son exigeant et généreux travail de traduction et de recherche, de découvrir une pièce de chacun d’eux dans « L’individu au centre de la scène », publié en octobre 2020 dans une édition bilingue aux Presses de l’Ifp

(L’ouvrage peut être commandé aux Presses de l’Ifpo ou sur le site i6doc.)

Bien que dynamique et diversifiée, la production théâtrale palestinienne contemporaine est peu connue en France. Si quelques tournées de troupes palestiniennes ont permis de découvrir une partie de cette production, les représentations restent peu nombreuses, rarement programmées sur des scènes labellisées, et donc peu accessibles au grand public. Il est encore plus difficile de lire du théâtre palestinien — et arabe de manière générale — car il n’est que rarement traduit. Le catalogue de la Maison Antoine Vitez, sans doute l’une des structures françaises les plus ambitieuses pour encourager et promouvoir la traduction du patrimoine théâtral étranger vers le français, ne contient qu’une douzaine de pièces traduites de l’arabe depuis sa fondation en 1991.

Cette lacune peut s’expliquer par des conditions de production spécifiques au contexte palestinien (et que l’on retrouve dans la majorité des pays du Proche et du Moyen-Orient), rappelées par Najla Nakhlé-Cerruti dans l’introduction de l’ouvrage. D’abord, de nombreuses créations ne donnent lieu qu’à une représentation unique, à la suite d’un travail collectif de création. Ensuite, le théâtre est traditionnellement un genre lié à l’oralité plus qu’au texte écrit, considéré comme objet littéraire. Cela est dû au rapport spécifique à la langue dans un contexte où se côtoient l’arabe littéraire, langue dédiée à la littérature, et l’arabe dialectal de la vie quotidienne, souvent choisi par les dramaturges contemporains. Mais la raison principale est sans doute l’absence de structures de publication pour les textes de théâtre, à l’échelle de toute la région.

Méconnu du public francophone

Malgré tout, on constate que les textes du patrimoine théâtral arabe classique, comme ceux de l’Égyptien Tawfiq El-Hakim ou du Syrien Saadallah Wannous, pourtant bien diffusés dans le monde arabophone, ne sont pas accessibles en français. Najla Nakhlé-Cerruti souligne aussi le retard de la France par rapport à ses voisins européens, puisque la pièce Taha (dont l’ouvrage propose une traduction française) créée en Palestine en 2014 a fait l’objet dès l’année suivante d’une traduction en anglais, à l’occasion de la tournée de la pièce aux États-Unis, en Angleterre, en Écosse et au Luxembourg.

C’est ce qui rend d’autant plus précieux l’ambitieux travail réalisé par Najla Nakhlé-Cerruti. Les traductions qu’elle propose sont le résultat d’un important travail de recherche, réalisé dans le cadre d’une thèse soutenue en 2017 à l’Inalco, et poursuivi depuis lors à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo) à Jérusalem. Sollicitant les théâtres lorsqu’ils disposaient de fonds d’archives ou s’adressant directement aux auteurs, aux comédiens et aux compagnies, elle a rassemblé un grand nombre de textes et travaillé à la traduction d’une partie d’entre eux. Le recueil publié cet automne aux Presses de l’Ifpo sous le titre « L’individu au centre de la scène » réunit trois pièces : Dans l’ombre du martyr de François Abou Salem (2011), Le Temps parallèle de Bashar Murkus (2014) et Taha d’Amer Hlehel (2014). Les textes sont accompagnés de leur version originale en arabe et d’une préface conséquente précisant les éléments de contexte et d’analyse.

Trois auteurs, trois trajectoires

Les trois auteurs dont le travail est présenté dans le recueil ne sont pas choisis au hasard : ce sont des figures majeures de la scène théâtrale palestinienne contemporaine, dont les trajectoires en racontent l’histoire et témoignent des conditions de production spécifique dans un territoire occupé et fragmenté, et dont les œuvres donnent à voir la créativité et la diversité de la production palestinienne.

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