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« l’Apollon de Gaza » film de Nicolas Wadimoff

Publié le jeudi 7 novembre 2019, Lieux : - Gaza

L’Apollon de Gaza de Nicolas Wadimoff en salles le 15 janvier 2020

En 2013, une statue d’Apollon datant de l’Antiquité est trouvée au large de Gaza avant de disparaitre dans d’étranges conditions. Œuvre de faussaires ou bénédiction des dieux pour un peuple palestinien en mal d’espoir et de reconnaissance ? Bientôt, la rumeur s’emballe alors qu’en coulisse, différents acteurs locaux et internationaux s’agitent par souci de préservation ou pur mercantilisme. Tourné à Gaza et Jérusalem, L’Apollon de Gaza se déploie comme un film enquête lancé sur les traces de ceux et celles qui ont approché ou entendu parler de ce trésor national qui fait rêver et devient très vite l’objet de toutes les convoitises.

Une investigation bien menée
Le réalisateur prend le temps de dérouler le fil de son enquête. Il révèle des univers par petites touches et y inscrit ses personnages, certains exécutant les gestes de leur art. Chaque personne est approchée avec la même considération quelque soit son rôle dans l’affaire de la statue.
Le spectateur se laisse embarquer dans ce conflit feutré entre les érudits, les institutionnels, les esprits curieux enthousiasmés par la construction et la préservation de la mémoire collective et ceux qui ne voient là qu’un coup à faire pour sortir de leur médiocre condition. Nous ne sommes pas tenus à l’écart de la situation quotidienne des palestiniens que le réalisateur n’élude pas quand sur sa route il traverse un check-point, croise les patrouilles de l’occupant ou balaie en travelling latéral les béances des façades d’immeubles mutilés.

La maîtrise cinématographique est à la hauteur du propos. Par la qualité des images, la subtile déambulation de la caméra, le choix des échelles de plans, la respectueuse captation des savoir-faire artisanaux, la richesse de la bande son, la pertinence du montage, son juste rythme, Nicolas Wadimoff nous fait toucher de près les éléments en jeu, l’eau, le métal, le minéral, le feu... ancrages matériels de la pensée qui circule, qu’elle soit celle des intervenants ou celle de ce très beau texte poétique et philosophique dit par Bruno Todeschini sur des ambiances marines et sous-marines, là d’où tout peut surgir comme la main tendue d’un Apollon.

Distribution en France :
Mission Distribution
33 rue Estelle
13001 Marseille
Site : www.cinemaeternel.fr
Courriel : rodolphe.mission@gmail.com
Tel : 06 60 20 81 55

dossier de presse

Interview de Nicolas Wadimoff par Vincent Adatte

Quelle est la genèse du film ?
Quel que ce soit le film sur lequel je suis en train de travailler, j’ai toujours dans un coin de la tête quelque chose qui me lie ou qui me rattache à la Palestine, et plus particulièrement à Gaza.
Depuis que j’y ai tourné « Aisheen (Chroniques de Gaza) », j’ai le sentiment d’avoir laissé quelque chose d’inachevé, d’avoir laissé des gens quelque part, d’avoir fait un film sur et avec eux et d’être finalement sorti de mon côté. Un peu comme quand on visite des gens en prison. L’idée que ces gens ne puissent pas sortir, m’est absolument insupportable et très difficile à vivre. Alors je me dis qu’il faudrait que j’y retourne, qu’il y aurait tellement d’autres choses à raconter. Puis, j’ai un
autre sentiment qui vient souvent annuler celui-ci, ou en tout cas le contrebalancer, l’idée qu’il n’y a pas peut-être pas d’autre film à faire sur le sujet, parce qu’il y en a déjà beaucoup et que, de toute façon, rien ne change. A Gaza, cet espèce de blocage et d’empêchement permanent est désespérant. Que peut le cinéma face à tout ça ? Poser la question c’est presque y répondre.
Peut-être pas grand-chose, peut-être rien. Puis, en avril 2014, je lis un article passionnant dans Le Monde sur la découverte à Gaza d’une statue d’Apollon et sa soudaine disparition. Assez rapidement commence à naître l’idée suivante : après avoir parlé de politique et essayé de documenter ce qui aurait pu être une réussite, mais qui est devenu une faillite, du politique, avec le film « l’Accord », après avoir essayé de raconter, cinq ans plus tard, l’âme humaine, ses tracas et sa
formidable résilience avec « Aisheen », je me suis dit que peut-être, après la politique et les hommes, je pouvais parler de Gaza à travers les divinités. Ça serait peut-être une manière de convoquer à la table les dieux, le passé, l’histoire, la spiritualité et de raconter ainsi quelque chose de totalement différent sur cette région du monde. Cette statue d’Apollon, dieu des arts, de la poésie, de la beauté, des oracles, des divinations, la plus belle des divinités qui apparaît dans un lieu qui est considéré comme l’un des plus dévastés du monde pour disparaître tout aussi soudainement…
la parabole saute aux yeux. « L’Apollon de Gaza » est à la fois une histoire romanesque ( un peu à la « Blake et Mortimer », « Tintin » ou encore « Les Aventuriers de l’arche perdue » ) et une réflexion sur le temps qui passe, sur les civilisations qui naissent et s’éteignent. Humblement et symboliquement, je souhaitais aussi redonner à Gaza, du moins essayer, un autre statut. Un statut peut-être plus immuable, au-delà de cette bêtise fracassante qui semble régner aujourd’hui.Il y a un petit côté « Citizen Kane », où chacun a son opinion.

C’est quelque chose qui me traverse complètement et quotidiennement depuis quelques années, au delà du cinéma, au-delà de Gaza, au-delà de la Palestine… Cette idée que depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et les années qui ont suivi avec la construction de cet âge d’or durant la deuxième moitié du 20e siècle, on s’est retrouvé sous le toit de narratifs officiels, de
grilles de pensée et de lecture face à un nombre considérable de sujets sur lesquels on devait forcément souscrire, desquels naissait forcément toute une forme d’art, de cinéma, de littérature,de peinture, de musique… cette grille de lecture qui provient du Nord, de l’Occident, du monde blanc et masculin, est une voix qui a certes été martelée avec toute la conviction du monde et tous les moyens politiques et médiatiques possibles et imaginables, mais ç’en est une parmi d’autres. Il y a tellement de manières de voir et de raconter des situations, qu’elles soient politiques,
sociales, amoureuses ou relationnelles. On nous a dit que c’était comme ça, on nous a qu’il fallait qu’on pense que c’était comme ça, et moi je pense que ça peut être absolument différent. Au cinéma, on a une possibilité que d’autres
moyens d’expression n’ont pas, qui est simplement le regard, et en particulier dans le documentaire. Je pense que l’enseignement de l’objectivité dans les écoles de journalisme et les démocraties est une mystification absolue. Je pense que c’est une hérésie absolue et totale, ça n’existe pas. J’enfonce des portes ouvertes mais il y a autant d’objectivités qu’il y a de regards. Face à cette histoire d’Apollon, il y a autant de versions que de personnes qui prennent la parole. Je pense que c’est une fantastique parabole de la question israélo-palestinienne. Il ne s’agit pas de
renvoyer les uns aux autres, de dire que tout est pourri ou que tout se vaut, non. J’ai des idées très précises sur la question, comme sur plein d’autres sujets, mais reste que d’entendre, d’écouter et de regarder différemment, par un autre biais, nous offre forcément d’autres pistes, d’autres réponses. Et donc c’est forcément intéressant. On se trouve à un moment de l’Histoire où on abesoin de ça.

Comment vous y êtes-vous pris en termes pratiques ?

Je m’y suis pris avec cette ouverture d’esprit-là. C’est-à-dire que dès le départ, je ne cherche pas à conforter une hypothèse. Je donne les mêmes chances à tout le monde donc je dois chercherassez largement. C’est comme un fil qu’on déroule : untel te parle d’untel et c’est à toi de faire les liens en allant toujours plus loin. C’est un peu vertigineux parce que j’aurais pu faire ça avec une vision universaliste, issue des Lumières et très occidentalisée, qui dirait : L’Apollon, c’est la culture occidentale. L’impossibilité de l’Apollon à Gaza c’est l’impossibilité donnée à la beauté,
à la culture grecque et occidentale. J’aurais pu penser ça. J’aurais aussi pu penser que l’impossibilité de l’Apollon est liée au fait que le Hamas et la culture musulmane ou islamiste empêche es idoles, les statues et la nudité. J’ai trouvé plus intéressant d’offrir ainsi un regard sur le monde ’aujourd’hui où plusieurs hypothèses, plusieurs pensées s’entrechoquent.

plus d’info : article du journal La Croix

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