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Mediterranean Fever, de Maha Haj

Publié le lundi 30 mai 2022

[Cannes 2022] Avec “Mediterranean Fever”, Maha Haj livre un puissant pamphlet politique

Pour son deuxième film, la cinéaste palestinienne Maha Haj porte un regard à la fois puissant et libéré sur la souffrance d’un peuple.

C’est le deuxième film de la cinéaste palestinienne Maha Haj après Personal Affairs, qui avait été présenté à Un Certain Regard et primé au CINEMED de Montpellier en 2016. Plus libre formellement que le premier, Mediterranean Fever débute comme une comédie dépressive fort drôle (Maha Haj possède un grand talent de dialoguiste).

Le Palestinien Walid, quadragénaire marié à une infirmière et père de deux enfants, vit à Haïfa dans un appartement qui donne sur la mer. Mais il est en pleine dépression et consacre toutes ses journées aux tâches ménagères. Il est censé écrire un roman, mais n’y parvient pas. Il ne faut surtout pas lui parler de la Palestine, sinon il s’énerve. Il ressemble à ces personnages secondaires qu’on croise beaucoup dans les films d’Elia Suleiman (dont Maha Haj fut l’assistante), dont on ne sait pas grand chose sinon que leur comportement ou leur propos prouvent qu’il vont mal, très mal.
L’histoire d’une rencontre

Une famille vient s’installer dans l’appartement mitoyen. Le père, Jalil, une sorte de beau gosse macho bien dans ses baskets, provocateur et sans-gêne est un petit escroc. Les deux hommes, que tout oppose, finissent par sympathiser. Un jour, à bout de forces, Walid demande à Jalil de le tuer en feignant un accident de chasse. Et le film bascule.

Maha Haj, derrière un récit psychologique très bien mené (reposant peut-être un petit peu trop sur son scénario), réalise à sa manière – plus libre et débarrassé des plans fixes de son premier film– un film politique à la morale terrible : on ne peut pas être palestinien et aller bien.

Mediterranean Fever, de Maha Haj avec Amer Hlehel, Ashraf Farah et Anat Hadid, présenté à Un Certain Regard.
bande annonce


Cannes 2022, Un certain regard : « Mediterranean fever » et intimité de conflits par Maha Haj

La réalisatrice palestinienne Maha Haj présente une histoire d’amitié en section Un certain regard. Une comédie douce amère où l’arabe résonne sur la mer de Haïfa et où les contrastes intimes révèlent des failles existentielles plus grandes.
L’écrivain et le truand

Père de famille au foyer en attendant d’écrire son nouveau roman, Walid s’occupe bien de ses deux enfants mais est doucement entré en dépression. L’arrivée d’un voisin bruyant, grossier et plein de vie, Jalal, vient le révérer. Notamment parce que Jalal est un truand, un vrai, haut en couleurs, aussi bien pour un sujet de roman que pour un changement de vie.
Une comédie féroce

Dans la veine de Personnal Affairs, Maha Haj parvient à saisir des tranches de vies de Palestiniens vivant en Israël et nous les rend très vivants et très proches. Si les personnages sont bien dessinés, les acteurs, merveilleux et les vues de Haïfa d’une grande beauté, le moment où l’intime et le politique se joignent est souvent trop pesant ou didactique. La scène du cours de géographie du fils de Walid avec le trauma de ne pouvoir dire que Jérusalem est capitale de la Palestine pèse un peu trop lourd, là où, du quotidien aurait suffi à exprimer le contexte politique dans lesquels les personnages évoluent.

Mediterranean Fever, de Maja Haj, avec Avec Amer Hlehel, Ashraf Farah, Anat Hadid, Samir Elias, 2022, Allemagne, France, Chypre, Qatar, 1h48. Un Certain Regard, sélection officielle, En compétition.

source : https://toutelaculture.com/cinema/cannes-2022-un-certain-regard-mediterranean-fever-et-intimite-de-conflits-par-maha-haj/

Maha Haj témoigne à son tour de la force du cinéma palestinien. La réalisatrice imagine une rencontre improbable entre Waleed, 40 ans, écrivain et père de famille souffrant de dépression, avec son voisin Jalal, escroc à la petite semaine. A travers cette histoire d’amitié qui nous surprend par sa poésie et son humanité, Maha Haj en profite pour nous présenter son pays et triturer encore une fois les relations complexes entre la communauté palestinienne et la communauté israélienne, comme elle l’avait fait précédemment pour Personals Affairs qui traitait de la personnalité des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie, en Israël ou en exil. Il est évident que la dépression de Waleed est une sorte de métaphore légère sur la situation des habitants tiraillés. « J’ai choisi de me focaliser sur un seul personnage et d’exprimer la dépression à l’échelle de l’individu, et non à l’échelle de la société, explique-t-elle dans le dossier de presse du film. La vie de Waleed pourrait paraître réconfortante et désirable pour la plupart des gens. Et pourtant, et ceci rejoint ma compréhension personnelle de la dépression, quelque chose de profond, de sombre de d’inconnu manque toujours. Finalement, Waleed atteint un point de non-retour et décide de devenir le seul maitre de son destin. Il prend la décision de mettre fin à ses jours, de manière à camoufler son suicide en mort naturelle, car le père aimant qu’il est toujours n’a pas perdu son sens des responsabilités.