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Arab et Tarzan Nasser réalisateurs palestiniens

Publié le samedi 17 juillet 2021

Les frères jumeaux Arab et Tarzan Nasser
Les frères Nasser sont venus présenter leur film "Gaza mon amour" en avant-première à Lyon dans le cadre du festival "Palestine en Vue" en septembre 2021

Ils sont des réalisateurs de films, originaires de Gaza. Ils sont nés en 1988, un an après la fermeture des dernières salles de cinéma dans la bande de Gaza. Tarzan et Arab étudient les Beaux-Arts à l’université Al-Aqsa (Gaza) et se passionnent pour le cinéma. En 2010, ils reçoivent le prix des meilleurs artistes de l’année décerné par la Fondation A.M. Qattan pour leur travail d’art conceptuel « Gazawood », une réalisation d’affiches cinématographiques pseudo-hollywoodiennes, s’inspirant des noms des véritables offensives militaires israéliennes contre Gaza. En 2013, ils réalisent le court-métrage « Condom Lead », qui raconte l’intimité perturbée d’un couple pendant la guerre. Le film est sélectionné en Compétition Officielle au Festival de Cannes. Forts de ce succès, ils écrivent « Dégradé », huis-clos dans un salon de coiffure pour dames à Gaza. Le film est la première coproduction officielle entre la France et la Palestine et est sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes en 2015.

Leur film « Gaza mon amour » a représenté la Palestine aux Oscars 2021

Arab et Tarzan Nasser, jumeaux, anticonformistes et amoureux de Gaza
(l’orient le jour 6 octobre 2021

Dans un territoire dont la « mémoire a été détruite » par les affrontements avec Israël, les réalisateurs voulaient « tourner une histoire d’amour loin de la politique et du reste ».

Arab et Tarzan Nasser, jumeaux, anticonformistes et amoureux de Gaza

Cinéastes anticonformistes au look de guitaristes métal, les jumeaux Arab et Tarzan Nasser puisent leur énergie, et l’inspiration de leur dernier film, dans une jeunesse à Gaza pour toujours dans leur esprit.

Deuxième long métrage de ces deux Palestiniens aux vestes de cuir, chevelure jusqu’aux épaules et barbe charbonneuse, Gaza mon amour sort en salle mercredi en France. Il raconte la rencontre amoureuse entre deux Gazaouïs modestes : un pêcheur sexagénaire et vieux garçon (Salim Daw, acteur palestinien vu notamment dans la série Le bureau des légendes), et une couturière du marché, qui élève seule sa fille.

Elle est interprétée par l’actrice franco-palestinienne Hiam Abbass, qui a tourné avec Patrice Chéreau ou Jean Becker mais aussi à Hollywood. Dans une société traditionnelle, où police et religion sont omniprésentes, le rapprochement de ces cœurs solitaires n’a déjà rien d’évident.

Mais lorsque le sort s’en mêle, c’est le début des ennuis : le personnage principal pêche par hasard au large une statue antique d’Apollon, doté d’un pénis en érection, qu’il tente de cacher chez lui.

Famille, police, militants islamistes, toute la société gazaouïe est embarrassée par cette trouvaille et ces deux personnages qui ne marchent pas au pas.

Le film, teinté d’absurde, « est inspiré de la vie quotidienne à Gaza, loin des clichés », explique à l’AFP Arab Nasser, dont le père a inspiré une facette du personnage principal.

Ce dernier ne rentre dans aucune case : il n’est pas candidat à l’émigration, écoute de la musique sur de vieilles cassettes, ne touche ni à la politique ni à la religion et fait des rêves érotiques même lorsqu’on le jette en prison...

« C’est un Gazaouï très normal, pas impliqué dans la politique, comme il y en a plein », poursuit Arab Nasser, qui tenait à bâtir une histoire sur la vie quotidienne de ces Palestiniens qui ne passent jamais aux infos.

« Il n’y a plus d’horizon »

« Si vous regardez les pays autour de Gaza, même en Égypte, les gens ne connaissent rien des Gazaouïs, de leur vraie vie, mais seulement ce qu’ils en voient aux nouvelles », déplore son frère jumeau Tarzan.

Dans un territoire dont la « mémoire a été détruite » par les affrontements avec Israël, « on voulait tourner une histoire d’amour loin de la politique et du reste », précisent-ils.

Mais le conflit, omniprésent, rattrape tout, toile de fond permanente dans le film : bombardements, pression militaire et policière...

Chez ces frères de 33 ans, installés depuis plusieurs années en France, le cinéma est tendre et désespéré à la fois. « Ce n’est pas une comédie, il n’y a pas de blagues, c’est sur la vraie vie des Gazaouïs, qui doivent faire avec l’humour pour survivre. Sinon, ils n’auraient plus qu’à se suicider », dit Tarzan.

« Le ciel est occupé, tout est occupé, et (les Gazaouïs) vivent là, il n’y a plus d’horizon », poursuit-il. Le film se termine par une belle scène entre les deux amoureux, sur le petit bateau de pêche et sous l’œil des drones israéliens, à la limite des maigres eaux concédées aux Palestiniens.

Si eux-mêmes ont pu fuir la bande de terre surpeuplée, c’est après des études de beaux-arts. Le cinéma, ils l’ont découvert à la télé : lorsqu’ils sont nés à la fin des années 1980, les dernières salles de Gaza venaient de fermer, racontent ces trentenaires marqués par l’œuvre du réalisateur russe Andreï Tarkovski.

Leur court métrage Condom Lead a été le premier film palestinien montré en compétition officielle à Cannes, en 2013. Dégradé, leur premier long, a été présenté deux ans plus tard à la Semaine de la critique, une section parallèle.

Gaza mon Amour a été présenté à Venise et à Toronto. Toutes ces œuvres ont un point commun : briser des tabous et montrer « la partie humaine » des habitants de Gaza, qu’ils comptent bien continuer de filmer