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Changement climatique et agroécologie en Palestine

Publié le mercredi 8 novembre 2017, Thèmes : - Économie

Article est tiré de l’article d’OrientXXI "De l’Égypte à la Palestine, l’arme de l’agroécologie"


Le changement climatique met en péril les systèmes agricoles dans le monde. Une menace que l’Égypte et la Palestine doivent particulièrement prendre en compte, même si la situation des deux pays est différente. L’Égypte a connu des « émeutes de la faim » et ce facteur a été l’un des déclencheurs de la révolution de 2011, tandis que la Palestine asphyxiée par l’occupation israélienne peine à répondre aux besoins de sa population. Reportage.

Photo : Récolte du blé à Khan Younis, sud de la bande de Gaza. Joe Catron, 24 mai 2014.

L’agro-écologie consiste à respecter les cycles de régénération de la terre et à pratiquer l’agriculture sans produits chimiques afin de produire des aliments de qualité, sans contribuer au changement climatique et sans détériorer les sols. C’est une méthode économique : elle ne requiert en moyenne que la moitié des quantités d’eau par rapport à l’agriculture classique, grâce à des techniques telles que l’irrigation goutte à goutte qui permet aux sols de se régénérer en nutriments, tout en minimisant l’utilisation d’énergies fossiles et en réduisant les besoins en produits chimiques. Enfin, sa productivité peut atteindre jusqu’à deux à quatre fois celle de l’agriculture classique. Une pratique à explorer dans un pays aussi tributaire de l’agriculture que l’Égypte.

L’agro-écologie est une alternative déjà établie en Palestine.

L’agriculture sous le joug de l’occupation

De son côté, l’association Adel (« justice » en arabe), également partenaire du CCFD-Terre solidaire, tente de mettre en place des pratiques agro-écologiques en Palestine. L’agriculture biologique a commencé à se développer en Palestine au début des années 1990. « Nous en avions désespérément besoin pour plusieurs raisons. D’abord, l’occupation et le pillage de terres et d’eau par Israël ; puis les coûts réduits et la qualité de la nourriture », détaille Jihad Abdo, coordinateur de l’Adel.

En Palestine, les terres agricoles représentent quasiment un quart de la surface de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Selon des chiffres de 2012, on comptait 420 000 hectares, dont 380 000 hectares en Cisjordanie pour 40 000 hectares dans la bande de Gaza. Quelques 36,7 % des terres sont dédiées aux arbres fruitiers et oliviers, 12,5 % au maraîchage et 12,7 % aux champs de céréales selon le ministère de l’agriculture palestinien. Les produits agricoles représentent un quart des exportations palestiniennes, comprenant les olives, l’huile d’olive, les légumes, les fruits et les fleurs.

Dans la région, l’agriculture dépend de l’irrigation. Les nappes phréatiques et les ruisseaux sont les premières sources d’eau en Cisjordanie — cependant 82 % des nappes ont été confisquées par Israël, selon un rapport de la Banque mondiale de 2009. Les puits sont donc la source principale d’eau, à hauteur de 72,5 %, pompant 253,3 millions de mètres cube d’eau par an. L’eau commercialisée par l’entreprise israélienne Mekorot est la deuxième source, représentant 16,2 % de la consommation.

Le but de l’initiative de l’Adel : développer un marché domestique pour résister à l’occupation israélienne et à la fois garantir la présence des Palestiniens et assurer leur sécurité alimentaire alors qu’Israël mène une politique de colonisation de plus en plus féroce. Concrètement, l’organisation promeut l’agriculture écologique à Ramallah et dans les territoires occupés de la Cisjordanie, et soutient les populations pauvres via différents programmes de développement dans les zones rurales. L’association soutient des agriculteurs et des coopératives et commercialise les produits dans une boutique à Ramallah et dans plusieurs marchés de Cisjordanie. L’organisation propose également des formations pour préparer les terres et les engrais nécessaires et « travaille pour trouver le prix juste pour le consommateur, qui permette au producteur de maintenir son activité », poursuit Abdo.

Empêchés d’accéder à leurs terres

Les faibles rendements agricoles et les politiques israéliennes qui sapent le secteur placent l’agriculture dans une situation difficile. Les politiques et investissements focalisent leur attention sur d’autres secteurs économiques tels que l’industrie et les services. Alors de nombreux travailleurs agricoles palestiniens sont obligés de travailler en Israël. En réponse, l’Adel propose des possibilités d’entrée dans le marché palestinien. Pour Jihad Abdo, « cela procure des revenus aux personnes et produit des biens palestiniens compétitifs. C’est une occasion importante d’assurer un futur plus sûr pour nous et pour nos enfants, et aide à lutter contre le chômage des jeunes dû à l’occupation. »

Il ne manque pas de dénoncer « les checkpoints et les militaires ainsi que les colons qui empêchent parfois les agriculteurs d’accéder à leurs terres. Les cultures sont souvent détruites ou appropriées. Les structures et les obstacles mis en place par l’occupation freinent notre travail. »

Les prélèvements imposés par l’Autorité palestinienne constituent un autre frein. Les politiques ne prévoient aucune exonération pour les agriculteurs palestiniens et augmentent les prix de l’eau et de l’électricité, tout en empêchant les exploitants de creuser des puits sur leurs terres. Tout cela fait monter les prix, ce qui empêche les produits palestiniens d’être compétitifs. Les produits israéliens dominent le marché. « Quand nous produirons assez de nourriture, même le boycott d’Israël sera plus facile », assure Jihad Abdo.

L’importance du secteur agricole est souvent sous-estimée en raison de l’actualité politique. Pourtant les deux sont indissociables tant la stabilité et l’émancipation des populations en dépendent.


Article de Ahmed Sawan,Journaliste et auteur indépendant, basé en Égypte. Il collabore avec divers médias web tels que Al Bawaba News et Al Ghad Newspaper.
lu sur Orient XXI


- Lire aussi sur le sujet, l’expérience de Fayez TANEEB agriculteur et militant palestinien.

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