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Film « Enquête personnelle » de Ula Tabari

Publié le mardi 14 mars 2017, Thèmes : - Films

Ce film est projeté au Puy-en-Velay dans le cadre de festival "Palestine En Vue" 2017 - le vendredi 7 avril. La séance est suivie d’un débat en présence de la réalisatrice Ula Tabari

Ula Tabari retourne sur les terres de son enfance à Nazareth, une ville éclatée entre les différentes cultures, entre les juifs et les palestiniens, mais aussi bien entre les
arabes eux-mêmes ; ceux qui ont reçu l’éducation de l’école israélienne et la tradition des parents palestiniens, ceux qui entre les deux ne savent plus quoi penser, ni comment se comporter.

La division qui marque la ville apparait bien comme la manifestation extérieure d’une
fracture invisible qui mine les individus de l’intérieur et que la réalisatrice tente de sonder.

Ce film pose la question de la possibilité de construire une identité commune pour les « palestiniens de l’intérieur ». En somme, comment vivre en tant que palestinien, né avec la carte d’identité de l’État juif israélien, tout en portant l’histoire, l’appartenance et les rêves palestiniens ? Pour réaliser ce documentaire, Ula Tabari retourne sur les terres de son enfance à Nazareth, une ville éclatée entre les différentes cultures, entre les juifs et les palestiniens, mais aussi bien entre les arabes eux-mêmes ; ceux qui ont reçu l’éducation de l’école israélienne et la tradition des parents palestiniens, ceux qui entre les deux ne savent plus quoi penser, ni comment se comporter. La division qui marque la ville apparait bien comme la manifestation extérieure d’une fracture invisible qui mine les individus de l’intérieur et que la réalisatrice tente de sonder.

Ce documentaire est intimement lié à l’histoire personnelle de la réalisatrice, elle raconte : « Pour l’histoire juive, bien sûr, on peut revenir en arrière, et même des milliers d’années. Moi par contre, je n’ai même pas le droit de demander l’histoire de mon grand-père, qui était là il y a 50 ans ». On comprend alors qu’il y a des conditions de l’empêchement de la construction d’une identité stable pour les arabes israéliens. Edward Saïd, intellectuel américano-palestinien — devenu celèbre avec son livre L’Orientalisme — disait que l’impossible travail de mémoire historique dans le cinéma palestinien provenait du fait que les Israéliens avaient produit un récit des origines fort, qu’ils avaient imposé dans la culture commune, et que ce récit excluait totalement les palestiniens, qui n’avaient pas su lui opposer un contre-récit. Il est vrai que la perspective historique est souvent absente des films palestiniens, si ce n’est à travers une vision fantasmée d’un pays perdu qu’on ne représente jamais comme à portée de main et d’action. En témoigne le personnage éponyme dans le film Haifa de Rashid Masharawi : c’est un fou qui détient les dernières bribes du savoir historique des palestiniens.

Ula Tabari cherche à remédier à cette situation, à offrir des repères culturels nouveaux pour la reconstruction d’une histoire palestinienne, il y a une réelle prise de conscience au départ de son travail : « En tant qu’arabe israélienne, mon éducation à l’école a été un lavage de cerveau ». [1]
Elle parle du problème des Shabaks, qui sont des instances décisionnaires qui surveillent l’éducation au sens large — c’est-à-dire l’ensemble de la production culturelle — et tout particulièrement l’enseignement scolaire. Selon elle, Il y a un véritable travail de censure en Israël, qui vise à remplacer l’identité palestinienne par une identité israélienne factice : « Tout est fait pour nous exiler de nos racines, de notre langue, de notre histoire ».

Pour la réalisatrice, ce travail de censure est le moyen d’atteindre un objectif politique évident pour l’Etat israélien, il s’agit de mieux contrôler les arabes israéliens qui sont de potentiels agitateurs de l’intérieur : il fallait les séparer des autres arabes, des réfugiés, pour aboutir à une société homogène dans le pays.


[1Ibid p 35

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