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Salim Abu Jabal

Publié le jeudi 16 mars 2017, Thèmes : - Cinéastes

Salim Abu Jabal est né en 1971 dans le Golan. Il a étudié la littérature arabe et le théâtre, puis l’écriture cinématographique, à l’Université d’Haïfa.

Il a d’abord travaillé comme journaliste et critique de cinéma dans divers journaux arabes, avant de continuer sa carrière à la TV et au cinéma pour lesquels il produit et réalise plusieurs films, séries et émissions. Il est connu comme directeur de casting et producteur de nombreux films palestiniens et internationaux primés.

En 2005, il fonde le « Traveling alternative film festival of Palestine, Films from behind The Wall ». Il a par ailleurs écrit et réalisé deux courts-métrages : « The Language of almonds » (2011) et « Separation Diary » (2012).

Après plus de six années de tournage, Salim Abu Jabal sort Roshmia, son premier long-métrage. Le documentaire remporte le prix du jury au festival international de Dubai, ainsi que le grand prix du documentaire au festival international de Tétouan ; il est aussi primé comme meilleur documentaire dans la catégorie « Open Eyes Award », au Medfilm festival de Rome.

Le documentaire rapporte l’histoire de Yousef Hassan et Amna Abu Fodeh : un couple octogénaire vivant seul dans une cabane en tôle à Roshmia, la dernière vallée naturelle à Haïfa. Ils sont là depuis 1965 et mènent ce qui semble être une vie de sérénité, avec leur jardin comme horizon, loin de l’agitation de la modernité. La vie demeure paisible à Roshmia, jusqu’à ce que les autorités locales approuvent un nouveau projet de route, ordonnant de confisquer la terre, de démolir la cabane et de jeter dehors ses habitants. Un ami du couple tente d’obtenir une indemnisation de la municipalité. Mais Yousef ne veut pas devoir encore une fois partir de sa maison, il veut continuer à mener sa vie ici, dans ce qui est pour lui le bonheur et le confort. Malgré le désespoir qu’ils ressentent tous les deux à l’idée d’être expulsés, ces deux veilliards sont sur le point d’aller sur des chemins différents.

Yousef et Amna sont des réfugiés de la Nakba de 1948, ils ont quitté — à 22 ans et à 15 ans — leurs villages respectifs, pour entamer le long voyage de l’exil. A ce moment là, Yousef est incarcéré pendant deux longues années par les autorités israéliennes, qui le suspectaient de détenir des armes. Yousef finit par s’installer dans la vallée de Roshmia en 1956. De son coté, Amna a vécue de nombreuses années à Gaza avant de rencontrer Yousef et de s’installer avec lui dans la vallée, pour vivre une existence retirée du monde, sans eau courante ni électricité, et goutter enfin à la liberté.

Dans une interview donnée à l’occasion du « Boston Palestine Film Festival », Salim Abu Jabal s’exprimait dans ces termes : « Pour moi, l’histoire de Amna et Yousef représente bien l’histoire des réfugiés, et la manière dont ils continuent de faire face aux machines brutales du colonisateur et à son esprit vindicatif. Leur cabane était la dernière tente des réfugiés palestiniens. Yousef a décidé de la garder comme symbole de son exil et de celui de son peuple. »

Le couple de réfugiés a en effet connu l’exil, et il doit maintenant — près de 50 ans après son installation — se battre de nouveau contre le gouvernement qui veut l’exproprier pour construire des routes modernes pour les nouvelles colonies. Lorsque Salim Abu Jabal a rencontré le couple, il venait écrire un papier sur eux, sur leur histoire et leur vie actuelle.
Un an après leur première rencontre, le journaliste a vu la lettre d’expulsion arriver chez le vieux couple, et il a ainsi pu suivre l’intégralité du processus d’expulsion. En essayant d’aider la couple, il s’est rendu compte qu’un article ne suffirait pas : il fallait réaliser un documentaire.

Le réalisateur disait à ce propos : « Il n’y a pas une grande différence entre le journalisme et le documentaire dans un pareil cas ; Les deux traitent de la réalité, c’est pourquoi je suis passé de l’écriture d’articles à l’écriture et au tournage d’un film. J’ai tourné Roshmia sur une période de six années. »

Dans ce cas de figure, les disciplines du journalisme et du tournage documentaire se croisent, et demandent un investissement de temps pour celui qui rapporte. Salim Abu Jabal s’est imprégné de la vie dans la vallée pour tenter de proposer au spectateur un travail au plus proche de la réalité : « Au bout d’un moment je faisais, pour ainsi dire, partie de la famille, j’ai pris le temps d’aller les voir afin de bâtir des liens de confiance solides entre nous. J’allais seul dans la vallée, uniquement ma caméra, Amna, Yousef et moi. J’ai donc filmé sans aucune difficulté ; ils m’avaient accueilli dans leur vie. Je passais chaque jour entre 10 et 14 heures dans leur maison, à les observer et à les filmer, tout simplement. Je n’ai pas réalisé d’interview et je ne leur ai jamais demandé de faire quoi que ce soit devant la caméra. Je voulais documenter leur quotidien, leurs vies authentiques. »

Déjà dans Separation Diary, le réalisateur prenait pour objet de son court-métrage documentaire un couple séparé par le pouvoir arbitraire du gouvernement Israélien : Taiseer et Lana. Taiseer est un arabe israélien, qui a grandi à Akka, en territoire occupé. Lana vient quant à elle du camp de Jenine. Après la destruction du camp en 2002, les deux protagonistes se rencontrent, tombent amoureux l’un de l’autre, et finissent par se marier. Ils vivent quelques mois ensembles, mais en 2003 le gouvernement Israélien vote une loi de restriction d’accès au territoire israélien pour les palestiniens et autres individus qualifiés « d’ennemis d’Etat », que sont les citoyens de Syrie, du Liban, d’Iraq ou encore d’Iran.

Salim Abu Jabal suit la réalité de ce couple, les obstacles qu’ils rencontrent pour élever leurs deux enfants, entre Jenine et Akka. Lorsque le gouvernement ne veut plus délivrer de permis de séjours à Lana, elle est obligée de résider illégalement à Akka pour rester avec ses enfants, et elle ne peut alors plus retourner voir sa famille à Jenine.
A travers cette histoire particulière, Salim Abu Jabal place le focus de sa caméra sur la réalité de centaines de familles affectées par ces nouvelles lois d’apartheid. Et bien plus, le réalisateur témoigne de la situation quotidienne de centaines de milliers de personnes qui vivent la séparation chaque jour. Il décrit avec réalisme la façon dont les gens tentent de vivre en élevant des ponts par-dessus les checkpoint, et comment une logique politique froide et efficace s’efforce de renverser ces ponts d’humanité.

Filmographie :

2011 : The Language of almonds.
2012 : Separation diary.
2015 : Roshmia.

Lucas.

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