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Ula TABARI actrice et réalisatrice palestinienne

Publié le dimanche 12 mars 2017, Thèmes : - Réalisateurs

Invitée d’honneur du festival "Palestine En Vue" 2017,

Ula Tabari est née en 1970 à Nazareth, elle est une palestinienne « de l’intérieur », selon ses propres mots : c’est-à-dire qu’elle fait partie de ceux qui ont le passeport israélien.

Elle fait des études en arts plastiques, et commence sa carrière en tant que comédienne, puis comme assistante dans les premiers films d’Elia Suleiman, s’occupant du casting et jouant sous sa direction dans Le Rêve arabe et Chronique d’une disparition.

Elle s’est désormais installée à Paris, depuis 1998, mais elle retourne régulièrement à Nazareth pour travailler. Au départ, Ula Tabari est passionnée par le théâtre, elle joue et elle s’occupe aussi de la programmation d’institutions culturelles à Nazareth. Cependant elle est vite déçue, dans ce milieu tout est contrôlé : la parole se meurt au théâtre et dans ces conditions, cet art ne lui semble plus efficace pour défendre les convictions qui sont les siennes et répondre à l’urgence de la situation.
Elle se tourne alors vers le cinéma, vers l’image qui reste et qui s’échappe : qui défie la mort. Pour la réalisatrice, c’est un médium qui « nous permet de nous confronter à la mort et d’entamer le deuil ». [1]

En 2002, elle réalise son premier documentaire : Enquête personnelle. Ce film pose la question de la possibilité de construire une identité commune pour les « palestiniens de l’intérieur ». En somme, comment vivre en tant que palestinien, né avec la carte d’identité de l’État juif israélien, tout en portant l’histoire, l’appartenance et les rêves palestiniens ? Pour réaliser ce documentaire, Ula Tabari retourne sur les terres de son enfance à Nazareth, une ville éclatée entre les différentes cultures, entre les juifs et les palestiniens, mais aussi bien entre les arabes eux-mêmes ; ceux qui ont reçu l’éducation de l’école israélienne et la tradition des parents palestiniens, ceux qui entre les deux ne savent plus quoi penser, ni comment se comporter. La division qui marque la ville apparait bien comme la manifestation extérieure d’une fracture invisible qui mine les individus de l’intérieur et que la réalisatrice tente de sonder.

Ce documentaire est intimement lié à l’histoire personnelle de la réalisatrice, elle raconte : « Pour l’histoire juive, bien sûr, on peut revenir en arrière, et même des milliers d’années. Moi par contre, je n’ai même pas le droit de demander l’histoire de mon grand-père, qui était là il y a 50 ans ». On comprend alors qu’il y a des conditions de l’empêchement de la construction d’une identité stable pour les arabes israéliens. Edward Saïd, intellectuel américano-palestinien — devenu celèbre avec son livre L’Orientalisme — disait que l’impossible travail de mémoire historique dans le cinéma palestinien provenait du fait que les Israéliens avaient produit un récit des origines fort, qu’ils avaient imposé dans la culture commune, et que ce récit excluait totalement les palestiniens, qui n’avaient pas su lui opposer un contre-récit. Il est vrai que la perspective historique est souvent absente des films palestiniens, si ce n’est à travers une vision fantasmée d’un pays perdu qu’on ne représente jamais comme à portée de main et d’action. En témoigne le personnage éponyme dans le film Haifa de Rashid Masharawi : c’est un fou qui détient les dernières bribes du savoir historique des palestiniens.

Ula Tabari cherche à remédier à cette situation, à offrir des repères culturels nouveaux pour la reconstruction d’une histoire palestinienne, il y a une réelle prise de conscience au départ de son travail : « En tant qu’arabe israélienne, mon éducation à l’école a été un lavage de cerveau ». [2]
Elle parle du problème des Shabaks, qui sont des instances décisionnaires qui surveillent l’éducation au sens large — c’est-à-dire l’ensemble de la production culturelle — et tout particulièrement l’enseignement scolaire. Selon elle, Il y a un véritable travail de censure en Israël, qui vise à remplacer l’identité palestinienne par une identité israélienne factice : « Tout est fait pour nous exiler de nos racines, de notre langue, de notre histoire ».
Pour la réalisatrice, ce travail de censure est le moyen d’atteindre un objectif politique évident pour l’Etat israélien, il s’agit de mieux contrôler les arabes israéliens qui sont de potentiels agitateurs de l’intérieur : il fallait les séparer des autres arabes, des réfugiés, pour aboutir à une société homogène dans le pays.

En 2005, Ula Tabari réalise Diaspora, un court métrage qui traite toujours le thème de l’exil : il raconte l’histoire d’une femme qui vit dans un pays étranger et qui reste attachée à son pays, essayant de vivre entre deux mondes. En tout cas, qu’il soit matériel, comme ce fut le cas pour les réfugiés de 1948 au moment de la Nakba — qui ont formé la diaspora palestinienne à travers le monde — ou intérieur, pour ceux qui sont restés, Ula Tabari semble nous dire que l’exil reste le même dans la mesure où il est une privation violente du foyer. D’un coté : les terres, les biens et les morts. De l’autre : la langue et la culture. Dans les deux cas, c’est une histoire qui est perdue. A partir de ce constat amer, qui est celui de la douleur commune qui afflige les palestiniens, tous exilés de leur patrie, Ula Tabari va chercher dans son cinéma à réunir les histoires des palestiniens séparés, qu’on a sciemment divisés. Ses films deviennent un formidable moyen de rapprocher des réalités séparées par les contraintes physiques. C’est un cinéma de l’espoir : « le cinéma est un grand projecteur qui donne un peu de lumière pour dire : voilà, c’est plus clair, regardez, il y a de l’espoir. » [3]

Filmographie

Réalisatrice :
2002 : Enquête personnelle – documentaire
2005 : Diaspora - court-métrage de fiction
2009 : Jinga48 – documentaire

Actrice :
1996 : Chronique d’une disparition d’Elia Suleiman
1998 : Le Rêve arabe d’Elia Suleiman
2002 : Ma caméra et moi de Christophe Loizillon
2003 : Les Visages de Christophe Loizillon
2005 : Munich de Steven Spielberg
2012 : Héritage de Hiam Abbass
2013 : Villa Touma de Suha Arraf


Lucas.


[1Janine Halbreich-Euvrard , Israéliens, Palestiniens que peut le cinéma  ? p 35

[2Ibid p 35

[3Ibid, p 35

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