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Compte rendu de la rencontre autour du livre « Des hommes entre les murs » d’Assia ZAINO (69) LYON

Publié le mardi 14 février 2017, Thèmes : - Culture

- mardi 14 février à 19 h

Rencontre a la librairie terre des livre autour du
livre d’Assia ZAINO, avec la participation de l’AFPS Lyon (Association France Palestine Solidarité).

Née en Italie, Assia Zaino est venue en France pour faire un master en histoire du monde arabe à l’INALCO. Entre 2010 et 2015, elle a fait quatre séjours de plusieurs mois dans les Territoires occupés, en particulier, dans le village de Nabi Saleh.

a la librairie Terre des Livres 86, rue de Marseille 69007 Lyon

Des mois durant, Assia Zaino a partagé la vie et le combat des habitants du village, manifestant avec eux chaque semaine sous les yeux et parfois les tirs de l’armée israélienne. Anciens prisonniers et familles de détenus lui ont raconté la place centrale qu’occupe la prison dans leurs vies, à quel point elle imprègne et organise le quotidien des Palestiniens. Mais à travers ces rares percent aussi les tentatives individuelles de subvertir l’expérience de la détention et de redonner du sens aux sacrifices et aux traumatismes vécus


Rencontre avec Assia ZAINO
le 14.02.2017 à « Terre des livres »
pour son livre « Des hommes entre les murs » ed. Agone

Soirée organisée par l’AFPS et animée par Christophe des éditions Agone

Assia ZAINO, née en Italie et faisant actuellement un Master à l’INALCO (ex-Langues O) a passé un an demi à Nabi Saleh, village palestinien de 500 habitant.es, entouré par 2 colonies israéliennes (dont une depuis 1977). Elle a mené son travail dans le cadre de son Master. Transformer son mémoire en livre avec tous ces entretiens lui a permis de mettre en avant les protagonistes, les Palestinien.ne.s

Ces colonies ont confisqué la source qui alimentait le village et ses cultures en eau. Depuis, chaque vendredi, les habitant.e.s manifestent pour réclamer la restitution de cette source et un Comité Populaire a été créé.
Tous les vendredis l’armée israélienne ferme le village et procède à des arrestations massives de militant.e.s.
Certain.e.s habitant.e.s ont renoncé à cette lutte : en effet la répression a lieu à l’intérieur même du village avec des maisons incendiées ; les gaz lacrymogènes ont entraîné des problèmes de santé ; et certain.e.s sont donc découragé.e.s (« cela ne sert à rien »).
Les entretiens menés par Assia Zaino l’ont donc été avec les militant.e.s qui continuent.

Pour elle la prison s’observe comme objet et lieu de luttes politiques
Elle rappelle qu’un tiers des Palestinien.ne.s ont été en prison ; il y a au moins un prisonnier dans chaque famille. La prison fait partie de la vie et a des conséquences importantes sur la vie des villages .
A partir de 1970 la colonisation s’est intensifiée et les emprisonnements également.
Dans les prisons il y a d’abord eu des revendications matérielles (couvertures…).
Puis s’est organisé un mouvement structuré des prisonniers, la plupart membres du Fatah.
En1980 a été élaborée une Constitution des prisons, structure qui fonctionne comme un contre-pouvoir pour ne pas avoir à s’adresser aux institutions israéliennes. Certaines parties étaient gérées par le Fatah ou le FPLP ou autre avec élection de représentants pour éviter l’affrontement individuel avec l’armée.
Une formation a été organisée, du niveau primaire au niveau universitaire (5 heures de cours minimum par jour), des livres ont été écrits (avec des moyens de fortune : sur du papier de margarine !), les prisonniers ont obtenu d’avoir des livres pour étudier, tout cela avec une grande solidarité entre les prisonniers.

Avec les « accords d’Oslo », une véritable césure s’opère : tous les prisonniers sont libérés, sauf 350.
Avec la 2e Intifada, les prisons se remplissent à nouveau mais il y a une régression de l’organisation des prisonniers, c’est plus un rapport individualiste à l’étude (mais depuis l’affaire Shalit il est interdit de passer le bac en prison) avec moins de partage des connaissances .
Par ailleurs l’existence des téléphones portables et de la télé fait que les prisonniers sont à moitié dedans à moitié dehors et donc moins impliqués dans la prison.
Seules les sections du Hamas continuent à fonctionner (selon les intérêts du Hamas).
Il y a donc à la fois transmission de l’histoire des prisonniers et de leurs luttes (qui se fait de père en fils), et rupture avec les plus jeunes.

En ce qui concerne le « dehors » de la prison, c’est plus dur, car en prison tu te consacres à ta résistance alors qu’à l’extérieur, le quotidien est organisé par la prison. En général il est géré par les femmes, moins nombreuses à être incarcérées et il peut être très lourd : responsabilité de faire vivre la famille, d’avoir des contacts juridiques, d’aller voir les prisonniers en Israël avec demande de permis presque exclusivement donné aux femme (impossible pour un homme entre 15 et 45 ans ou pour un ancien prisonnier)…

Les cautions : très lourdes pour les budgets des familles palestiniennes, car avec les amendes elles permettent d’assurer l’auto-financement des prisons. Elles suscitent 2 types de réaction :
- un refus de les payer pour ne pas financer l’appareil répressif israélien ; c’était la position majoritaire lors de la 1re Intifada
- une position plus fluctuante actuellement selon les situations des un.e.s et des autres

En effet il y a une contestation par certain.es prisonnier.e.s de l’exigence de courage à tout prix qui prévalait jusqu’à présent dans la société palestinienne, de l’obligation d’être un héros et une demande du droit à la faiblesse qui peut conduire à payer une caution pour faire libérer un.e prisonnier.e.

Questions

- sur le courrier aux prisonniers :
Certains courriers arrivent mais pas tous. Idée de numéroter ses courriers pour vérifier les « trous ».

- sur les femmes prisonnières :
Leur histoire est plus compliquée, ambiguë : les femmes qui sortent de prison se voient souvent mises à l’écart, voire doivent divorcer car règne sur elles le soupçon de ce qui a pu se passer en prison et notamment la question du viol qui soulève la question de « l’honneur sur le corps de la femme » encore malheureusement bien présente.
Toutefois, à Nabi Saleh, les femmes, y compris celles qui ont été prisonnières, participent très activement et en masse à la résistance, et cela aussi au niveau organisationnel : elles peuvent être référentes.
Dans les années 70 des femmes du FPLP ont mis en avant leurs viols comme des actes de résistance (au même titre que les tortures infligées aux hommes) au lieu de tenter de les cacher.
Dans les prisons des grèves importantes ont été lancées par des femmes et ont été suivies par tou.te.s, prisonniers et prisonnières. Mais les conditions de détention ont empêché que le mouvement soit autant structuré, cf le film « 3 000 nuits ».

- sur les activistes internationaux :
Assia Zaino a entendu certaines critiques émises sur les visites des activistes internationaux dans les villages palestiniens. Certes il est reconnu que leurs témoignages sont importants, mais ils laissent l’impression d’avoir fait du tourisme car rien ne change, ils n’ont aucun rôle sur leur propre gouvernement.

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