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Où est Niraz (Le photographe, personnage central du film documentaire « lettres de Yarmouk »)

Publié le vendredi 10 juin 2016, Thèmes : - Cinema

Nous reproduisons un article qui parle de Niraz, jeune palestinien dont nous avons fait connaissance à travers le film de Rachid Masharawi « Lettres de Yarmouk » projeté dans le cadre du festival Palestine en Vue.

Ceux qui ont vu le film se sont attachés à ce personnage qui promène sa caméra dans le camp de Yarmouk en état de famine.

Où est Niraz, le photographe de Yarmouk ?

« mon moral est plus haut que cet avion de guerre qui vient de frapper notre maison «  
C’est ce que m’écrivait niraz Saïed en janvier 2015. Peu de temps avant un avion Syrien avait ciblé Yarmouk, le camp des réfugiés palestinien où il vivait.
« Il n’y a pas trop de dégâts, seules quelques vitres cassées » avait-il ajouté. Mais j’ai tout de suite senti qu’il minimisait l’évènement pour ne pas m’inquiéter. C’était la première fois que ce jeune Palestinien de 24 ans était confronté à la mort. L’espoir désertait Yarmouk au même titre que le pain et l’essence.

Le plus grand camp de réfugiés palestinien en Syrie avait été bombardé de manière répétée ; complètement assiégé depuis juillet 2013.

Les privations induites par le siège avaient entrainé la mort d’environ 200 personnes. Il avait également laissé des cicatrices indélébiles sur les visages émaciés des survivants « les enfants du siège » comme Nizar les appelait.
« Nous vivons dans un monde parallèle où la notion de temps importe peu et ceux qui sont à l’extérieur nous sont totalement étrangers. Rien ne doit être considéré comme acquis ; le fait même d’être vivant vous sidère.

En janvier 2015 la vie dans le camp était devenu quasiment invivable. Comme si le blocus et les pilonnages du gouvernement syrien n’étaient pas suffisants, les habitants subirent un siège à l’intérieur du camp, celui émanant des miliciens islamistes qui imposent leur contrôle, ciblent les activistes qui les critiquent et suppriment toutes libertés au nom de la religion.

- « La mort est la norme »

Si tu as la chance d’échapper à la mort si à cause de la famine ou des bombardements, il se peut que tu sois abattu un homme masqué t’accusant d’apostasie. la mort est la norme ; la vie est l’exception, les civils sont ciblés de partout. Mais Nizar voulut rester malgré les pressions de ceux qui l’aimaient pour qu’il parte. Nizar était conscient que le camp était en mines et que les choses ne pouvaient qu’empirer. » Nous sommes restés car nous aimons cet endroit. Nous ne sommes ni des héros, ni des surhommes ; nous sommes fatigués d’entendre ceux qui louent notre résistance et comptent les points de leur succès politiques au prix de notre sang, alors que rien n’est fait pour mettre fin à nos souffrances.

Quand il revient au camp en janvier 2013, Nizar était en mission. La plupart des photographes ont eu tendance à trop se focaliser sur la mort. Il voulait montrer qu’il y avait encore de la place pour la vie et l’amour.

A travers la photo qu’il avait toujours considéré comme une démarche artistique, il voulait rendre visible les histoires oubliées, faire entendre les voix de ceux qui vivaient et grandissaient ds le camp. A certains moments, il est arrivé à Nizar d’envisager abandonner la photo, lorsque les horreurs de la guerre devenaient trop insupportables. La mémoire de ses amis disparus l’aida à tenir.

- - « Droit à la dignité »

Abandonner signifierait trahir ceux qui avaient perdu la vie en défendant le camp. Notre droit à la dignité. Ce n’est qu’en avril 2015 après le pilonnage de yarmouk par les islamistes que Nizar décida de s’enfuir. Il se dirige tout d’abord vers Yalda comme la plupart de ceux qui fuient Yarmouk : « cet endroit ne me ressemble pas j’ai le cœur dévasté d’avoir quitté Yarmouk » Ce sont les propos tenus par Nizar en juin l’année dernière. Un mois après, il réussit à s’échapper de Yalda et séjourna dans des faubourgs de Damas sous contrôle gouvernemental. Il avait l’intention d’y rester quelque temps et quitter le pays. Nizar se cachait craignant d’être arrêté. Il semblait que les choses s’amélioraient. Le film "lettres de Yarmouk" faisait le tour du monde et le metteur en scène Rashid Masharawi accumulait les récompenses. Le film n’aurait pas vu le jour sans le travail de Nizar à l’intérieur du camp dans des conditions extrêmement dangereuses.

J’ai demandé à Nizar si cela ne le dérangeait pas de ne tirer aucun profit de ce travail, il me répondit « le camp fut détruit et mes amis tués, qu’est ce que j’en ai à faire des honneurs ! » Les mois qui suivirent sa fuite de Yalma les contacts avec Nizar se firent rares. Sentiment de défaite et cela le hantait. La musique était au cœur de nos échanges mais même cela s’avérait difficile du à une mauvaise connexion internet. Il réussit malgré tout à ouvrir le lien sur youtube pour la chanson « to mystiko » interprétée par la chanteuse grecque Maria Farantouri. « Dans la mesure où l’on peut encore profiter de ces plaisirs simples la vie vaut la peine d’être vécue ». J’assurais à Nizar qu’un jour la roue tournerait et qu’il pourrait enfin rejoindre sa fiancée en Allemagne et que les miracles arrivent quand on s’y attend le moins

- « Disparu »

Nizar fut arrêté par les forces de sécurité syriennes le 2 septembre 2015. Son arrestation ne fut rendue publique qu’un mois plus tard. Sa famille ayant souhaité que cette arrestation soit gardée secrète, 9 mois sont passés et les allers et venues de Nizar totalement inconnus. Il fait partie des 1000 réfugiés Palestiniens qui croupissent en Syrie.
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Niraz disait souvent "le rêve continue", c’est le titre de l’exposition photographique qu’il a fait à Ramallah il y a deux ans.

Tiré de electronic intifada

Article de Budour Youssef Hassan, traduction eraap

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